La croisée des destins

 

Chapitre 11 : Vente aux enchères et courses

 

 

            “- On retourne à Helena, oncle Carl ? demandai-je.

 

             - Tout à fait, Cécilia ! Mais on va assister à une vente aux enchères, et aller à la réunion d’organisation de la course ! Je suppose que Léa t’en a parlé ?

 

             - Oui, bien sûr !”

 

            Nous étions tous installés dans le Pick-up. Tom conduisait.

 

            “- Et qui allez-vous prendre, pour la course, monsieur Thomas ? demanda Leslie.

 

             - Et comment elle fonctionne cette course ? me renseignai-je.

 

             - Et bien, en fait, les perdants doivent donner cinq de leurs meilleures bêtes au gagnant, surtout des juments. Mais le champion doit faire partie de l’élevage. Et...! En fait, je comptais utiliser Solstice !

 

             - P’pa, on pourrait y inscrire Éclipse ! intervint alors Charles.

 

             - Oui, il est très rapide ! approuva Léa.

 

             - Eh, doucement ! Avant tout, il faudrait demander à Cécilia si elle est d’accord, d’y inscrire Éclipse et de le monter lors de la course. Alors, Cécilia, qu’en penses-tu ?

 

             - J’suis d’accord ! Mais, il y a un problème, Éclipse ne fait pas partie de votre élevage.

 

             - Oui et non ! Car Orage appartient, sans en faire partie, à notre élevage, donc Éclipse, même si il a été enregistré dans votre haras, serait quand même un poulain né d’une bête de notre ranch. Mais il faudrait d’abord que je voit ce qu’il donne !

 

             - Et les inscriptions doivent être closes quand ? demanda Léa.

 

             - Le 10 août ! assura mon oncle. Enfin, tout du moins, la confirmation de notre participation dans l’épreuve.

 

             - Ah ! Et elle se passe sur piste ?

 

             - En fait, elle se passe sur trois jours ! Et en deux partie ! révéla mon oncle. La première partie se courre sur piste, deux kilomètres, pour tester la vitesse des chevaux. Et deux jours après, a lieux la deuxième manche, très dure et contraignante pour les bêtes, qui se passe dans les plaines et une partie de la montagne. Le parcours est truffé d’obstacles en tout genre, comme les épreuves que vous appelez un cross, Cécilia !

 

             - Ca, pour les obstacles, Éclipse est imbattable ! assurai-je.

 

             - Ca c’est vrai ! approuvèrent, en chœur, Léa, Leslie et Charles.

 

             - Mais, c’est vrai qu’il n’a jamais fait de cross ! ajoutai-je.

 

             - Mais P’pa, pour cette épreuve, Solstice ne ferait pas le poids ! Il n’a jamais sauté un obstacle supérieur à un mètre ! objecta Antoine.

 

             - Mais, l’inconvénient, c’est que ni Éclipse et ni Cécilia ne connaissent bien le terrain.

 

             - Ca, c’est pas le problème !

 

             - Bon, on verra bien ! En attendant, on va déjà prendre le formulaire d’inscription !” trancha mon oncle.

 

            Charles croisa mon regard. Avec, à priori, la même idée que moi, sur le “cheval-miracle”. Qui d’autre que lui alliait à la fois vitesse, endurance, bon coup de saut, et connaissance parfaite des alentours ? Mais cette idée relevait du suicide… ! A condition, qu’ils arrivent à amener Illusion sur les lieux, comment réagirait-il avec d’autres étalons ? Charles soupira.

 

* * * * *

 

            “High Boy est vendu pour 2500 dollars à Monsieur Cresley ! Passons au cheval suivant !”

 

            Cela faisait déjà deux heures, que nous étions assis là, à suivre le déroulement des enchères. Mon oncle n’avait, pour l’instant, enchérit qu’une fois, pour une jeune Quater-Horse, à la robe grise, Caline, et attendait justement, avec une pointe d’impatience, le cheval suivant High Boy.

 

            “- Pourquoi, c’est qui le cheval suivant ? demandai-je à Charles, qui tenait le programme des ventes.

 

             - Regarde ! me répondit-il simplement. Le n° 312 ! Démon !”

 

            Je jetais un coup d’œil au cheval qu’il m’indiquait et sursautai de stupeur.

 

            “Tu comprend mieux, l’intérêt de mon père !” me glissa Charles.

 

            Je n’eus pas le temps de répondre car, à ce moment-là, l’animal en question entra alors, encadré de deux palefreniers terrorisés. L’animal, une magnifique bête à la robe de feu, ne laissait aucun doute sur ses origines. Il se cabra, faisant reculer ses palefreniers. Ses yeux sombres semblaient jeter des éclairs, et il tremblait de tout son corps, sa robe était déjà couvert d’écume. Un des palefreniers le frappa sur le nez, pour le faire redescendre. L’étalon laissa échapper un cri de douleur et reposa ses antérieurs sur le sol, effrayé. J’eus pitié de la pauvre bête qui se débattait contre les deux palefreniers qui tentaient de le traîner sur l’estrade de présentation. La tête bien modelée, expressive et intelligente, de l’animal et son maintien arrogant et son caractère sauvage, ne confirmait que ses origines. Ses petites oreilles s’agitaient nerveusement et il piaffait. Il agitait la tête, comme gêné par le licol. Son pas était saccadé, et il ne cessait de trembler. Il paraissait plutôt petit, un mètre cinquante-deux, au garrot, pas plus.

 

            L’enchèreur prit la parole.

 

            “Le n° 312 est Démon, du ranch Anderson. Agé de 3 ans et demi, il est né de Ocaria et Illusion et promet d’être qualiteux, malgré son fort caractère ! Nous allons donc commencer les enchères à 2000 $ ! Qui dit mieux ?”

 

            Des murmures réprobateurs s’élevèrent dans le public.

 

            Les enchères montèrent à 3000 $ !

 

            “- 3000 $ ? Qui dit mieux ? N’oubliez pas qui sont ses parents ! Allez, faites un effort ! Qui dit 3100 $ ?

 

             - 3500 ! lança alors mon oncle.

 

             - Nous avons donc une offre de 3500 $ de Monsieur Thomas. Qui dit mieux ?”

 

            Il semblait que plus personnes ne voulait surenchérir pour une bête qui, d’après eux, ne valait rien.

 

            “Bien ! reprit l’enchèreur. 3500 $ une fois ! 3500 $ deux fois ! 3500 $ trois fois ! adjugé !”

 

            Son marteau s’abattit sur son bureau.

 

            “Démon est vendu pour 3500 $ à Monsieur Thomas ! Passons à la bête suivante !” poursuivit l’enchèreur, tandis que les palefreniers tentaient de sortir le poulain de la zone de vente.

 

            Mais Démon refusait d’avancer. Un des palefreniers le frappa sur la croupe. Le poulain, sous le coup de la douleur, se cabra, de toute sa hauteur, et se renversa dans le sable. L’un des palefreniers lui donna un coup de pied pour l’obliger à se relever. Mais la bête resta au sol. C’en était trop !

 

            “- Ca suffit ! Arrêtez ! hurlai-je en me levant d’un bond, hors de moi.

 

             - Cécilia ! intervint Léa.

 

             - Vous n’êtes que des incompétents ! m’écriai-je. Cette bête a peur et vous, vous la frappez ! Ce n’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre !

 

             - Ah oui ! Très bien, mademoiselle ! répliqua l’un des palefreniers, d’un air moqueur. Cette rosse ne vaut rien ! Mais si vous voulez nous apprendre notre travail ! Allez-y !

 

             - Très bien !” répliquai-je hargneusement.

 

            Sur ce, je gagnais l’estrade et m’approchait du poulain, qui tremblait de tout son corps, sous les rires moqueurs. Mais je m’en fichais. Le poulain se débattit lorsque je posais ma main sur son encolure.

 

            “- Chut ! Bonhomme ! Je ne te ferai aucun mal ! murmurai-je, tout en le caressant. Chut, calme-toi ! Personne ne te fera de mal ! Ils ne savent pas comment si prendre ! Mais, je ne te frapperai pas !

 

             - Ca serait bien si vous vous dépêchiez, mademoiselle ! intervint l’enchèreur.

 

             - Oh, vous ! Bouclez là ! répliquai-je, entre mes dents. Chut, bonhomme ! Tout se passera bien !”

 

            Au bout de dix minutes de caresses, Démon cessa de trembler, tandis que ses yeux noirs perdaient leur expression effarée. Le silence s’était fait dans l’assemblée.

 

            “Allez, bonhomme ! Debout !” lançai-je en me redressant.

 

            Le jeune cheval posa alors, lentement, ses antérieurs sur le sol, tandis que je continuai à le caresser, tout en enlevant, d’une main, son licol.

 

            “Allez Démon, tu peux le faire ! Allez, met-toi debout et tu pourras quitter cet endroit !”

 

            Le poulain, prenant appui sur ses antérieurs, se releva d’un mouvement soudain et resta immobile, sa robe de feu ternie par le sable.

 

            “C’est bien, mon gros ! Allez, viens on sort de là !”

 

            Je pris alors la direction de la porte par laquelle j’avais vu les palefreniers faire sortir les chevaux vendus. A la stupeur des gens, la farouche bête me suivit docilement. Les gens applaudirent alors, faisant sursauter l’animal, mais il resta sagement à sa place, tandis que je le sortais de l’estrade. Au passage, je jetai le licol aux palefreniers.

 

            “Je vous rend ça !”

 

            Et je disparut par l’ouverture, suivie par le poulain et le ramenai au box n°312, en attendant que mon oncle vienne récupérer ses acquisitions.

 

* * * * *

 

            “Et bien, Cécilia ! Tu en a étonné plus d’un !” commenta mon oncle.

 

            Nous étions de nouveau réunis dans le Pick-Up, Câline et Démon, enfermés dans la remorque, à l’arrière. Mon oncle, avant de venir prendre ses nouveaux chevaux, était passé à la mairie, pour prendre le formulaire d’inscription et avait ensuite payer le prix des deux bêtes, tandis que Charles, Leslie, Léa et Antoine, m’avaient rejoint dans les écuries, où ils m’avaient retrouvés avec Démon.

 

            “- Oui ! Au début, tout le monde se moquait de toi ! Mais tu as gagné leur respect ! Les amis de mon père étaient vraiment étonnés. Tu t’y prend vraiment bien avec les chevaux ! ajouta Charles. Mais qu’est-ce qui t’a pris ?

 

             - Je sais pas ! Mais j’ai pas pu en supporter davantage !

 

             - Ca a dû te rappeler l’épisode du concours, non ? me glissa Léa.

 

             - Oui, ça doit être ça ! Et puis, il me faisait pitié, ce pauvre animal !

 

             - Hum ! En tout cas, tu m’a vraiment surprise ! Et puis ce poulain qui te suivait comme s’il t’avait connu toute sa vie !

 

             - Oui ! Il a dû sentir que tu ne lui ferais aucun mal ! approuva mon oncle.

 

             - Eh, je crois que tu va être bonne pour dresser Démon, maintenant ! plaisanta Antoine.

 

             - Pas sûr ! Si il comprend que vous ne lui voulez aucun mal, il se laissera faire !

 

             - Hum ! En tout cas, on a fait vite, on sera rentré pour le déjeuner !” observa mon oncle.

 

* * * * *

 

            “Allez Cécilia !” crièrent en chœur Léa, Leslie et Charles.

 

            Nous étions revenus au ranch depuis deux bonnes heures et, profitant d’un creux dans l’emploi du temps de mon oncle, je lui montrait les performances d’Éclipse, tandis que Léa, Leslie, Charles et Antoine, assis sur la barrière du pré, suivaient de près la suite des évènements. Lancée au grand galop, sans harnachement, je poussai Éclipse qui, docilement, augmentait son allure.

 

            Je le remis au trot, puis au pas, et ramenai mon étalon vers les autres. Mon oncle avait l’air satisfait.

 

            “- D’accord, pour la vitesse sur herbe, ça va, Cécilia ! Mais j’aimerai te voir sur piste, avec selle et filet, ça ne te dérange pas ?

 

             - Non ! Mais est-ce qu’on pourrai laisser souffler Éclipse, un peu ? Il n’a que quatre ans et il ne faut pas que je lui en demande trop ! objectai-je.

 

             - Bon ! On remet ça dans deux heures, d’accord ?

 

             - Pas de problème !” assurai-je, en caressant l’encolure noire de mon étalon.

 

            Une fois redescendue de cheval, j’amenai Éclipse à la douche et lui rinçai vivement les membres. Je le frictionnai puis le marchai, le temps que sa robe sèche. Enfin, je le ramenai dans son box et lui donnai quelques carottes en récompense.

 

            “Allez, bonhomme ! Repose-toi ! Dans un peu plus d’une heure, on remet ça !” annonçai à l’étalon, avant de quitter l’écurie, en faisant une halte au box de Casiopée.

 

            J’allai ensuite voir Démon qui broutait tranquillement dans l’un des enclos. Il hennit gaiement en m’apercevant.

 

            “Et bien, tu as l’air de te plaire, ici, mon gros !” lançai-je.

 

* * * * *

 

            Une heure plus tard, je sortis Éclipse de son box, sellé et bridé. Charles et Léa, qui m’avaient rejoint, tinrent Éclipse, tandis que je me mettais en selle et raccourcissais mes étriers.

 

            “- Eh, Cécilia, toi qui a toujours rêvé d’être jockey, tu réalise ton rêve ! plaisanta Léa.

 

             - Oui ! Si on veut ! Bon, allez Charles, tu me montre le chemin pour la piste ?

 

             - D’accord !”

 

            En fait, la piste se trouvait derrière les écuries, un grand ovale sablé et entouré de barrières, assez récent. Mon oncle était déjà installé près de la barrière. Je le rejoignit au trot.

 

            “- Bien, Cécilia ! Cette piste fait 800 mètres donc, deux tours et demi représentent deux kilomètres. Ton cheval peut tenir cette distance ?

 

             - Normalement ! L’anglo-arabe est l’une des meilleurs races de cross !

 

             - Oui ! On dit qu’ils allient la vitesse du pur-sang anglais et l’endurance de l’arabe ! Mais on va tout de suite le savoir ! Bon, en tout cas, dans un premier temps, tu vas faire trotter ton cheval jusqu’au tournant que tu vois là-bas, puis revenir, au petit galop, ici ! Après, je te dirai ce que je veux que tu fasse ! D’accord ?

 

             - Pas de problème !”

 

* * * * *

 

            Dix minutes plus tard, je ramenai à nouveau Éclipse vers mon oncle.

 

            “- Très bien ! A présent, quand j’abaisserai le bras, tu partiras au galop, pour deux tours, pour aujourd’hui. Enfin, tout ce que je te demande, c’est de lui faire donner toute sa mesure, sur les derniers 400 mètres, ce qui représente la moitié du circuit. Compris ?

 

             - Oui, chef !” plaisantai-je.

 

            Je mis Éclipse au pas et, lui faisant faire un cercle, je le mis en pleine piste. Une fois arrêtée, je raccourcis mes rênes, et me mit en équilibre sur mes étriers, prête à partir. Éclipse se tendit, concentré. Je jetai un oeil à mon oncle qui abaissa soudain le bras.

 

            Détendant les rênes, Éclipse s’élança d’un bond prodigieux.

 

            “Oh, oh ! Doucement mon beau !” murmurai-je.

 

            Aussitôt, Éclipse ralentit son allure, ses oreilles oscillant sans cesse de la piste à moi. Le premier tour se passa sans problème. Dès le début du second tour, je l’autorisai accélérer un peu et Éclipse allongea ses foulées. Il m’obéissait vraiment à la perfection. A l’endroit indiqué par mon oncle, je détendis encore mes rênes. Aussitôt, l’étalon se jeta en avant, dans une allure infernale, enivré par cette liberté soudaine et passa comme une flèche, devant mon oncle. Je le laissai galoper sur encore 400 mètres, avant de le faire ralentir. Je rejoignit, au trot, mon oncle médusé.

 

            “- Bon, je crois qu’on n’a plus besoin d’hésiter ! remarqua-t-il. Ton étalon est vraiment très rapide. Et il a couvert un tour entier, sans flancher, à ce rythme là ! Il est vraiment exceptionnel.

 

             - On te l’avais dit, P’pa ! Et puis, en plus, il saute 2,10 mètres, sans problème. Alors les obstacles du parcours extérieur seront un jeu d’enfant pour lui ! ajouta Charles, en m’adressant un clin d’œil.

 

             - Ouais ! C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle on doit rehausser les clôtures ! compléta Antoine.

 

             - Hum ! Bon, allez, rentre ton cheval, Cécilia ! Au fait, juste comme ça, c’était prévu les 400 mètres en plus que ceux que je t’avais demandé, ou pas ?

 

             - C’était prévu ! Je sentais qu’il galopait bien, donc, je me suis dit que ça ne lui ferait pas de mal de finir sur un troisième tour complet…!

 

             - Ah bon ! Bon, quand tu t’en sera occupé, tu pourra le lâcher dans le grand corral, ton Éclipse ! conclut mon oncle, avant de repartir vers les écuries. Ah, au fait, Antoine, tu rappelleras à tes sœurs de ne pas oublier de nourrir les poules, ce soir !”

 

 

Chapitre précédent                                                 Chapitre suivant

 

 

Aller au Chapitre :  0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ,11, 12, 13, 14,

15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22.

 

Sommaire

Fictions